Plus de cent millions d’euros d’argent public dépensés pour organiser quatre épreuves de Formule 1 dans le Var « sans que les retombées économiques en soient avérées ». La chambre régionale des comptes (CRC) de Provence-Alpes-Côte d’Azur a rendu publiques ce mercredi des conclusions accablantes sur la gestion du groupement d’intérêt public (GIP) Grand Prix de France-Le Castellet entre 2017 et 2023.
Le rapport de la CRC pointe un modèle économique « structurellement déficitaire », plombé notamment par les redevances versées au groupe britannique détenteur des droits d’exploitation et des droits commerciaux de la Formule 1. Plus de 75 millions d’euros sur l’ensemble de la période.
Les contrats signés avec cette société prévoyaient aussi qu’elle capte l’essentiel des recettes générées par le Grand Prix – droits commerciaux, retransmission télé, etc. Le GIP a en quelque sorte dû se contenter des miettes (la billetterie). Si la fréquentation a été au rendez-vous malgré d’énormes difficultés d’accès au site, elle n’a pas permis d’équilibrer le budget du GIP. Et la parenthèse Covid n’a rien arrangé.
Finalement, près de la moitié des ressources du groupement d’intérêt public aura été supportée par les contribuables également appelés à éponger ses dettes : 35 millions d’euros, selon un dernier décompte.
Mauvaise gestion et opacité
Les contrôleurs de la CRC s’étonnent également du financement à hauteur d’un demi-million de dollars d’une étude pour la réalisation d’une course de F1 à Nice alors que le GIP n’avait d’autre vocation que celle de favoriser le retour du Grand Prix de France au Castellet.
Dans sa réponse au rapport de la CRC, Christian Estrosi, ancien patron du GIP, révèle que cette somme a finalement été réglée en 2025 par la Métropole Nice-Côte d’Azur qu’il présidait lorsqu’il était maire de la capitale azuréenne.
À la gabegie financière également alimentée par des frais et des salaires généreux, s’ajoutent une forme d’opacité dans la gouvernance du GIP, au détriment de ses administrateurs parmi lesquels le conseil départemental du Var, la Métropole Toulon-Provence-Méditerranée et la communauté d’agglomération Sud-Sainte Baume qui ont déjà injecté à eux trois plus de vingt millions d’euros.
Marchés publics irréguliers
Les magistrats de la CRC ont par ailleurs mis en évidence des irrégularités (défaut de mise en concurrence) dans la passation d’une dizaine de marchés publics alors que la gestion du GIP fait l’objet d’une enquête judiciaire.
Dans sa réponse, Christian Estrosi prend soin de souligner qu’il n’avait pas de fonction exécutive au sein du GIP… L’ancien maire de Nice – et toujours président délégué de la Région – soutient que « le Grand Prix a bien contribué au rayonnement du territoire et à l’attractivité touristique, notamment en termes d’image et de visibilité internationale ».
Il reste convaincu de « la pertinence du Castellet comme site privilégié pour un éventuel retour de la Formule 1 en France. Cependant, un tel projet ne saurait être envisagé sans un engagement financier clair de l’État. »
De son côté, Jean-Louis Masson, président du conseil départemental du Var, a écrit à la chambre régionale des comptes pour rappeler qu’un signalement au procureur de la République a été effectué sous son impulsion dès 2023. « Je produirai donc également votre rapport définitif et considère que votre organisme est également en droit de le faire. »


